26.02.2008
Complot contre Sarko? Pas forcément là où l'on voudrait nous le faire croire...
J'ai été très surpris du propos de François Fillon en réaction à l'appel lancé dans Marianne.
"On veut abattre le Président de la République" s'est-il exclamé.
Le terme qui m'a scotché c'est "abattre". Je me suis dit pourquoi quelque chose de si fort chez un ventre-mou. Et puis ensuite tous ou presque (de Yves Jego à Dominique Paillé en passant par Roger Karoutchi) se sont raccrochés à ce terme ou aux idées induites par ce commentaire du Premier Ministre, lui, la seule bouée, le guide, le phare, lui, le François Fillon aux bons scores dans les sondages. Lui, qui tout-à-coup, sans raison aucune (puisqu'il applique la politique de Nicolas Sarkozy, avec le succès que l'on connaît par exemple sur le pouvoir d'achat ), lui donc qui tout-à-coup, apparaît comme le recours.
Je me suis dit pourquoi une telle image "abattre"? Et qui veut réellement "abattre le Président de la République", en fait?
Parce qu'en fait l'opposition n'a aucun intérêt à "abattre le Président de la République". L'intérêt de l'opposition, elle le sait (et François Fillon aussi), c'est que Nicolas Sarkozy poursuive sa chute le plus longtemps possible (le temps qu'elle se réorganise, le temps d'engranger aux municipales, aux cantonales, et aux élections de 2009 jusqu'à la prochaine présidentielle). L'intérêt de l'opposition n'est vraiment pas que NS soit "abattu", ça la prendrait de court: elle serait toute désorganisée en cas de nouvelle présidentielle. Non pour l'opposition il faut que la chute de NS dans les sondages se poursuive "dans la durée".
Alors qui donc a intérêt à "abattre le Président de la République"?
Et puis, il m'est revenu en mémoire l'anecdote qui veut que lors de ses footings avec d'autres hommes politiques, François Fillon parle tout en courant pour forcer son "sparing-partner", peut-être moins entraîné, à lui répondre et donc à perdre son souffle, à se fatiguer. Ce qui lui permet à lui François Fillon de courir en tête sans fatigue apparente (regardez si vous le pouvez toutes les photos de FF durant un jogging: "toujours un pas devant"). Et d'entretenir sa réputation de coureur.
Hé bien là, si vous regardez bien: François Fillon annonce aujourd'hui à brûle-pourpoint (pour filer la métaphore avec "abattre") une opération "coup de poing" contre les grandes surfaces accusées d'entamer le pouvoir d'achat des Français. Pourquoi attendre aujourd'hui pour une telle action? Ne fallait-il pas le faire plus tôt, sitôt l'élection de NS, le président du pouvoir d'achat?
Pourquoi attendre aujourd'hui, aujourd'hui alors que Nicolas Sarkozy s'essouffle dans les sondages, pour s'intéresser au pouvoir d'achat? Les associations de consommateurs, les syndicats avaient déjà tiré (!) la sonnette d'alarme en septembre. François Fillon pouvait agir alors, non?
Non. Parce que NS n'était alors pas complètement à terre dans les sondages.
L'attitude de François Fillon est un jeu de chasseur: il sonne l'hallali. Il encourage d'éventuels désaxés à attenter à la vie de Nicolas Sarkozy. Ou il le pousse au suicide comme l'envisage le N°2 ou 3 du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, Lionnel Luca qui, tout en ayant l'air de prendre la défense du Président, cite carrément Salengro et Bérégovoy! (Merci Vladana!) On sait malheureusement que parfois le mot créé la chose.
C'est à la lecture de Vladana citant Lionnel Luca et ses suicidés que le complot contre Sarko m'est apparu, mais pas forcément là où les UMPistes voudraient nous le faire croire! Si l'on en est déjà à écrire "attention au suicide"... c'est génial (pour ceux qui y ont intérêt s'entend). Si NS en venait à passer à l'acte ou à être suicidé ou abattu, l'opinion aurait déjà été préparée.
François Fillon apparaîtrait comme le successeur naturel. FF en est presque déjà à parler des "chiens" alors que Mitterand avait parlé, lui, des "chiens" après, pas avant la mort de Pierre Bérégovoy.
Et en effet, alors que François Fillon a aujourd'hui 19 points de plus que le Président dans les sondages, les journalistes parlent désormais de lui comme d'un possible successeur à Nicolas Sarkozy. Successeur pour le moment pour 2012. Et l'on sait aussi que ce genre d'idées est parfois soufflé aux journalistes. Des ballons-sondes en quelque sorte, pour voir la réaction de l'opinion publique. Et l'opinion publique semble bien accueillir l'idée que François Fillon soit présidentiable. Bien qu'il ne fasse qu'appliquer la politique stérile, sans résultat de NS. Mais si un évènement fortuit à la Salengro ou à la Bérégovoy survenait avant 2012, FF serait candidat à la présidentielle, peu entaché du discrédit lié à celui de NS et tous les UMP ne seraient plus entraînés dans la chute ni sanctionnés aux municipales et cantonales. Ils deviendraient des "victimes associées" à qui les électeurs n'oseraient pas faire un deuxième chagrin. Si NS disparaissait (Dieu le garde comme dirait cette grande chrétienne d'Emmanuelle Mignon!), les UMPistes apparaîtraient comme les garants de l'ordre qui aurait été ébranlé avec la disparition de NS.
Là, François Fillon jogge simplement en tête après avoir attendu patiemment son heure, après s'être vu qualifié de "collaborateur" par le Président. C'est un plat qui se mange froid.
Donc la seule chose à faire pour Nicolas Sarkozy s'il veut s'en sortir, ce n'est pas forcément de virer François Fillon après l'échec annoncé de l'UMP aux municipales. NS doit se souvenir comment FF viré du gouvernement par Dominique de Villepin, sous J. Chirac, a aussitôt pris sa besace pour venir le soutenir lui NS. Avec le succès qu'il faut lui reconnaître cette fois.
Non, la seule chose à faire pour NS c'est de donner en quelques sortes à François Fillon "le baiser qui tue".
De le garder au gouvernement: l'épuiser en le maintenant en place. Comme Jean-Pierre Raffarin en son temps conservé jusqu'à l'extrême limite de l'impopularité par Jacques Chirac.
Et voir François Fillon chuter à son tour dans les sondages (ce qui ne va pas manquer de se produire parce que les Français sont en train de comprendre qu'il n'y a pas de dissociation entre FF et NS dans la politique d'échecs qu'ils mènent) sera sûrement une excellente médecine pour NS. Un réconfort moral, s'il en était besoin! ;-)
Que NS se souvienne de la formule "gardez-moi de mes amis (apparents, i.e. FF et consorts), je me charge de mes ennemis".


