23.02.2007

Qui voudrait être le prochain Jean-Charles Marchiani après de tels remerciements élyséens?

Aujourd'hui, un post quelque peu en lien avec la triste situation d'Ingrid Betancourt

Discourir avec raison sur sa cruelle absence (depuis 5 ans) pour sa famille est une chose (je ne saurais malheureusement pas le faire mieux que cela a déjà été fait, par d'autres plus talentueux, à de nombreuses occasions). Apporter son soutien aux proches en est une autre (et je le fais ici bien sincèrement). Essayer d'observer sous un autre angle cette tragique histoire est ici ce à quoi je vais m'employer.

Je veux parler de la manière dont la République française se comporte à l'égard par exemple d'un Jean-Charles Marchiani. République française dont le Président s'abaisse à tort ou à raison (mais plutôt à tort selon moi) à dénier à ce dernier tout rôle dans la libération des Otages du Liban La possibilité d'être remercié par de tels compliments du Prince (un Président de la République en exercice qui aurait peut-être mieux à faire, non?) n'est malheureusement pas franchement susceptible d'encourager les vocations de libérateur d'otages... Mais c'est peut-être le but recherché. Si c'était le cas, il faudra expliquer cela aux otages et à leurs familles. 

Cela ne peut en tout cas que valoriser l'action désintéressée (ici, l'action sans l'attente d'une quelconque reconnaissance étatique). C'est tout à l'honneur de ceux qui l'ont fait et de ceux qui malgré tout agiraient/agiront encore sans rien attendre en retour.  

PS: Ce post n'est en aucune manière une célébration ni un encouragement à une quelconque barbouzerie, juste un essai de mise en perspective et surtout un hommage à l'action désintéressée en général.

12.01.2007

Le Vieillard et les trois jeunes Hommes

Un octogénaire plantait.
Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge !
Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage ;
Assurément il radotait.
Car, au nom des Dieux, je vous prie,
Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ?
Autant qu'un Patriarche il vous faudrait vieillir.
A quoi bon charger votre vie
Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous ?
Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées :
Quittez le long espoir et les vastes pensées ;
Tout cela ne convient qu'à nous.
- Il ne convient pas à vous-mêmes,
Repartit le Vieillard. Tout établissement
Vient tard et dure peu. La main des Parques blêmes
De vos jours et des miens se joue également.
Nos termes sont pareils par leur courte durée.
Qui de nous des clartés de la voûte azurée
Doit jouir le dernier ? Est-il aucun moment
Qui vous puisse assurer d'un second seulement ?
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :
Eh bien défendez-vous au Sage
De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ?
Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui :
J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ;
Je puis enfin compter l'Aurore
Plus d'une fois sur vos tombeaux.
Le Vieillard eut raison ; l'un des trois jouvenceaux
Se noya dès le port allant à l'Amérique ;
L'autre, afin de monter aux grandes dignités,
Dans les emplois de Mars servant la République,
Par un coup imprévu vit ses jours emportés.
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter ;
Et pleurés du Vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.

La Fontaine.

 

Tout lien avec les Tags inscrits ci-dessous ne serait pas fortuit... La différence avec la fable? C'est que les jouvenceaux (ou jouven-sots selon que vous préfériez) ne seront pas pleurés du Vieillard presqu'octogénaire! :-)